Entretien avec les chargés de TD…

Entretien collectif des chargés de TD

Il y a quelques semaines, l’ATED Presse rencontrait Hélène Laroche, Juliette Brunie et Mehdi Kebir, venus tous trois évoquer leurs fonctions de chargés d’enseignement au sein de la faculté de Droit de Tours. Extraits…

Le premier axe de l’entretien s’articulait autour de chacune et chacun d’eux, histoire de découvrir qui sont vos chargés de TD… On vous les présente !

Il y a Hélène Laroche, qui commence avec cette déclaration: « Je suis en 4ème année de thèse… N »importe quoi ! En 5ème année ! Ça commence bien, je me rajeunis! » Le ton est donné, et il ne lui reste plus qu’à poursuivre… « J’ai eu la chance en termes de statut, d’avoir la voie royale. En fin de M2, j’ai présenté mon projet de recherche à l’Ecole doctorale et obtenu ainsi un financement de trois ans. »

La jeune femme, mariée et mère d’une petite fille de deux ans (concilier thèse et vie de famille, c’est donc chose possible!) est actuellement en contrat d’ATER, autant dire le meilleur statut. Sa thèse porte sur les concours d’action en responsabilité – thèse qu’elle élabore sous la direction de Madame le Doyen, Claude Ophèle et qu’elle espère soutenir en 2013. Elle enseigne également, et depuis sa toute première année de thèse. Passée par toutes les matières (TD en L1 : introduction au droit, droit de la famille – TD en L2 : droit des obligations – TD en L3 : contrats spéciaux et sûretés – TD en M1 : droit bancaire), elle illustre à elle seule le sacro saint cloisonnement entre Droit privé et Droit public: les doctorants en Droit privé enseignent le Droit privé et de leur côté, les doctorants en Droit public enseignent uniquement le Droit public… Et il ne s’agit pas nécessairement de la ou des matières auxquelles la thèse se rattache. Bien au contraire, le panel est assez large (exemple en Droit privé : droit civil, droit commercial, droit pénal, etc.)

De la même manière, les chargés de TD sont amenés à enseigner aux étudiants de tous niveaux de la L1 au M1, le M2 étant réservé aux enseignements des Maîtres de conférence et Professeurs.

Vient ensuite Juliette Brunie, actuellement en 2ème année de thèse. Spécialisée en droit privé, elle a choisi un sujet de thèse plus transversal qui recouvre droit de la responsabilité civile, mais aussi administrative, et éventuellement pénale : La condamnation symbolique (sous la direction de Fabrice Leduc). Un sujet costaud, mais refusé par l’École doctorale, et par conséquent privé de financement. Mlle Brunie a donc le statut d’enseignant vacataire, ce qui lui vaut d’effectuer un certain nombre d’heures par an, base exclusive du salaire. Un handicap? En quelque sorte car sans financement, un doctorant doit travailler à côté, et sa thèse avance nécessairement moins vite. La jeune femme a ainsi géré la BU Recherche pendant quelques temps et travaille en ce moment pour l’École doctorale (elle élabore des fiches de laboratoire). En outre, elle n’a – décidément – pas suivi le parcours traditionnel en début de thèse : en novembre 2011, elle passe l’examen d’entrée à l’Ecole d’avocats (C.R.F.P.A.) – obtenu brillamment, puisqu’elle sort major de l’IEJ de Tours. Une façon d’avancer sur sa thèse, tout en se ménageant une porte de sortie, qui lui assure de manière certaine un avenir professionnel.

Mehdi Kebir, quant à lui, est en 3ème année de thèse, et travaille sur des thématiques de procédure civile, sous la direction de Nicolas Cayrol. Allocataire moniteur (soit l’ancienne forme du contrat doctoral), il s’est vu attribuer un financement pour trois ans (c’est là sa dernière année, donc – du moins en théorie, puisqu’un renouvellement est possible). Fait rare ou à tout le moins peu fréquent, le jeune homme a commencé à faire les TD dès le M2 ( L1 AES – Introduction au Droit). Depuis 3 ans, il intervient en TD de Droit des obligations, avec des professeurs différents : le (très) regretté Pr Jean François Cesaro (qui enseigne désormais à Paris II), puis Mmes Sarah Godechot Patris et Claude Ophèle depuis une période récente. Au total, il gère 2 groupes, ce qui en soi n’est pas énorme. Cette charge représente en effet 3 heures par semaine. En théorie, la répartition du temps de travail s’effectue de la façon suivante : 1/6ème consacré à l’enseignement et 5/6èmes dévolus à la recherche, mais c’est oublier tout le travail de préparation en amont… et en aval (copies, surveillance, délibérations : non rémunéré, ce temps est dû à l’université). Autre précision, les séances ne se préparent pas de la même façon selon la matière, selon le niveau.

C’est donc 64h d’enseignement sur toute l’année pour les doctorants contractuels; à titre comparatif, les vacataires (et les autres!) peuvent aller jusqu’à plus de 100h, comme c’est le cas d’Hélène Laroche, qui en plus de son statut d’ATER à temps plein, enseigne la méthodologie documentaire!

La méthodo justement, parlons-en… Une question en particulier nous taraudait : est-ce obligatoire ?

Mme Laroche précise: « Non, ce n’est pas obligatoire… », et Mehdi Kebir d’ajouter : « Mais ça pourrait le devenir… »

Bon, l’idée générale, c’est quand même de retenir que la méthodo est bénéfique pour les étudiants s’ils viennent dans l’optique d’en tirer quelque chose – et ce n’est pas toujours le cas…

Mais les enseignants eux-même réalisent que les TD de méthodologie interviennent peut-être un peu trop tôt car les étudiants, en tout début d’année, ne se rendent pas compte que ces outils leur seront utiles par la suite puisqu’à ce stade, ils n’ont pas été confrontés aux exercices en question… Hélène Laroche évoque une tentative de corriger le tir, grâce aux séances de janvier, bien plus adaptées, car entretemps, les étudiants ont pu capitaliser une petite expérience des commentaires, cas pratiques et autres dissertations.

Juliette Brunie insiste : lorsque ces séances de méthodo sont négligées par les étudiants, c’est une perte de temps pour les chargés de TD qui sont alors obligés de refaire toute la méthodo supposée acquise…

Ainsi, ne serait-ce que pour l’appréhension du Code civil, c’est une séance entière qui est consacrée à son utilisation (ce qui évite ainsi les « alinéa 542 » et autres subtilités du genre…!)

Mehdi Kebir souligne même la nécessité de revoir la méthodologie en 2ème année (voire pour les niveaux supérieurs) puisque, il le rappelle, c’est tout de même là « l’objectif des TD ». Jeunes Padawans de tous horizons, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Autre question, reprenant l’un des maîtres de conférences soumis lui aussi à notre interrogatoire ( cf interview de Grégoire Forest) : finalement, le rôle du chargé de TD est-il plus important que celui d’un prof en amphi ?

Mlle Brunie explique que le cours du maître de conférences est un préalable nécessaire, c’est le minimum de connaissances à avoir, pour les appliquer ensuite en TD (l’étudiant doit savoir aussi comment les exploiter : c’est l’intérêt des cas pratiques, commentaires d’arrêts, etc).

Hélène Laroche renchérit : en aucun cas les cours dispensés en amphi ne sont plus importants. « Je dirais plutôt complémentaires, précise-t-elle. Même si le fond du droit pourrait s’acquérir dans les livres, sans accompagnement, cela donnerait lieu à plus de difficultés. En TD, les étudiants travaillent leur raisonnement, on est plus sur un travail de terrain. Ils doivent garder à l’esprit que connaître la règle sans savoir comment l’appliquer, c’est tout simplement inutile, c’est comme s’ils ne connaissaient pas la règle. »

Mehdi Kebir conclut : « Faire les TD, c’est leur donner un rythme aussi, car ils sont certes plus libres à la fac mais les TD sont obligatoires, ils ont un travail à préparer, des devoirs à rendre chaque semaine… c’est structurant. »

Soucieux du bon équilibre de leurs étudiants, donc… Mais ces jeunes chercheurs, eux, trouvent-ils du soutien quand les choses s’annoncent difficiles ?

Là encore, Mehdi Kebir l’affirme: « Oui, on évoque entre nous des pistes, on en parle, même avec des professeurs, ou alors à l’occasion des « doctoriales » (ndlr : il s’agit de mini soutenances destinées à s’informer sur l’état d’avancement des recherches)

Pour Juliette Brunie, cet encadrement se fait de façon plutôt naturelle, voire informelle: tous s’accordent à reconnaître que les professeurs et maîtres de conférences sont accessibles… Ce qui n’empêche pas les jeunes doctorants d’échanger aussi entre eux, malgré la diversité des parcours, la diversité des sujets…

Une atmosphère que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres universités, selon Mehdi Kebir qui met en avant le statut mixte du chargé de TD, à la fois étudiant et enseignant (et ainsi collègue ou futur collègue des profs déjà en place). C’est précisément ce qui fait que les jeunes chercheurs sont toujours très écoutés, toujours bien reçus.

Hélène Laroche revient sur le cas de l’Université de Tours, dont la faculté de Droit est à taille humaine, et donc très familiale. Elle se rappelle ses premières années de thèse, lors desquelles les « Anciens » (Grégoire Forest, Damien Chenu par exemple, ou encore Julien Bourdoiseau et Olivia Sabard, aujourd’hui respectivement Maître de conférence et Professeure agrégée) l’ont soutenue, aidée, bref, prise sous leur aile, avec toujours cette envie de donner des conseils… Désormais, c’est elle qui affiche cette volonté de transmettre ses acquis aux petits nouveaux…!

Par ailleurs, toute thèse comprend nécessairement des questions de méthodologie transversales. Les doctorants butent donc toujours sur les mêmes choses, ils peuvent ainsi en parler entre eux, même si les matières sont complètement différentes (géographie, arts, etc.). Et cette possibilité d’échange, il faut bien le reconnaître, c’est un vrai plus!

Mais ce statut mixte, évoqué par tous, comment est-il géré vis-à-vis des étudiants eux-mêmes ?

Pour Mehdi Kebir, la gestion de la distance entre l’enseignant et ses étudiants se fait naturellement car les chargés de TD ne reçoivent pas de formation spécifique, ils apprennent donc le métier petit à petit…! Au début, il est vrai que la tendance est à la rigidité – quitte à en faire trop – pour créer cette distance, justement, nécessaire, puis avec le temps, les choses évoluent différemment, l’enseignant devient plus à l’écoute. Mais, et ils l’affirment à l’unisson, cela se passe systématiquement de façon très naturelle, sans heurt, car chacun, dès l’entrée dans la salle de cours, est à sa place, et les étudiants respectent ipso facto l’enseignant qu’ils ont face à eux, peu importe le statut de celui-ci…

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