Le secret de Chanda (film et débats autour du SIDA en Afrique)

Ce mardi 29 novembre était organisée aux Cinémas Studio une Soirée SIDA … Rien à voir avec les Soirées évoquées dans le SAV d’Omar et Fred sur Canal Plus, mais des débats très intéressants animés par le Réseau Ville-Hôpital VIH de Tours et le Dr Frédéric Bastides.

Ces débats ont fait suite à la projection du film réalisé par Olivier Schmitz, intitulé « Le Secret de Chanda », dont l’histoire se déroule en Afrique du Sud, à notre époque. Un témoignage, bien davantage qu’un film, et surtout, l’exposé d’une vérité souvent malmenée. On ne pouvait que vous en parler…

Chanda est une adolescente d’un village de l’Afrique du Sud, qui doit faire le deuil de sa petite sœur, Sarah, décédée d’un mal dont personne dans la famille ne dit mot. Pourtant, ailleurs dans le village, des questions se posent, à mi-voix, des rumeurs s’élèvent, à peine, mais tout de même. La mère et le beau-père de la jeune fille n’échappent pas à une certaine défiance des habitants, l’une étant très malade, l’autre, alcoolique et rachitique. C’est donc une atmosphère particulièrement pesante qui entoure le décès du bébé, et à laquelle Chanda fait face, en tentant de découvrir quels maux sévissent, qui justifient les comportements des uns et des autres.

Rapidement, le spectateur comprend : il est question, en réalité, de séropositivité, de VIH, de SIDA. Le film aborde là un sujet que l’on sait universel, mais que l’on soupçonne peu d’être le tabou qui hante certaines cultures, telle la culture africaine. Ainsi, les intervenants commentent cet aspect fondamental du film: les individus séropositifs se heurtent à un premier obstacle, celui de la stigmatisation, du regard des autres. En Afrique, les maladies s’interprètent comme des malédictions divines, qui se nourrissent de croyances populaires, et en conséquence, les malades sont cachés. Plus préoccupante est la réalité de dirigeants qui nient, au niveau étatique, l’existence même de la maladie. Aucune réaction du peuple, puisque la notion d’opinion publique est inexistante et se voit supplantée par les croyances des uns et des autres (c’est le cas notamment au Botswana, dont 25 % de la population est touchée par le SIDA).

Parvenir à une voie de traitement relève donc du parcours de combattant. Le film est à cet égard, comme à bien d’autres, extrêmement révélateur. Les médecins présents confirment d’ailleurs la difficulté d’aboutir à une prise de conscience dans les populations africaines, prise de conscience qui commence par le dépistage des femmes enceintes (via le dispositif de Prévention de la Transmission Mère-Enfant), permettant de fait la concrétisation de l’idée même de séropositivité. Un dispositif qui demeure, pourtant, insuffisant puisqu’il ne prend en compte que le risque de contamination in utero et lors de l’allaitement, mais ne rend pas compte des évolutions futures des enfants (dont il faut assurer un suivi de la vie sexuelle sur le long terme).

Quid dans ces conditions, des traitements actuels et des espoirs quant à la mise en place d’un vaccin ?

Une première difficulté, qui rejoint le propos premier, s’impose aux médecins français qui partent soigner en Afrique et se trouvent confrontés à des cultures complètement différentes. Un obstacle qui fait corps avec cette idée que la maladie n’affecte pas seulement les malades et leurs proches, mais bouleverse la société toute entière, et notamment les rapports générationnels (le film l’illustre par la prise en charge de la mère par la fille).

Ajoutons-y un chiffre, qui loin d’être porteur d’espoir, sème le doute quant à la viabilité d’un vaccin contre le SIDA, quel qu’il soit: la vaccination d’individus séronégatifs ne permet qu’un taux de protection de 30 % – à titre comparatif, le taux de protection d’un vaccin est généralement estimé à 90 voire 99 %.

La santé est en Afrique comme ailleurs, affaire de politique, et on imagine les enjeux politiques considérables que la mise en place d’un traitement anti rétroviral peut susciter. Pour rappel, en France, un tel traitement représente un coût de 700 à 1500 euros, mais existe en plusieurs lignes. En Afrique, la donne est toute autre : on arrive à peine à une ligne et demi de soins (une solution, certes, mais pas idéale en raison des nombreux effets secondaires qui y sont attachés). En cause? L’absence de système de sécurité sociale, et à défaut, une prise en charge par la famille…

Qu’en est-il de la prise en charge des étrangers en France ? Le film n’y fait pas allusion et se concentre au contraire sur l’Afrique du Sud, mais le débat initié par les médecins s’ouvre vers cette question (question à laquelle la Région Centre a été confrontée la première) : en principe, les étrangers doivent régulariser leur prise en charge et demander l’accord du Préfet, mais cette règle se voit modulée dès l’instant où les malades peuvent être traités dans leur pays d’origine (possibilité qui est fonction des taux de traitement dans les pays concernés… ce qui s’avère problématique lorsque les chiffres ne correspondent pas à la réalité, d’où une circulaire très récente qui invite les médecins à la plus grande prudence vis-à-vis de leurs patients séropositifs, étrangers ou non).

Il reste que la question des soins apportés aux malades dans des cultures telles que la culture africaine est posée. Elle mérite dès lors, d’être connue du plus grand nombre, tout comme ce film, primé à plusieurs reprises pour sa beauté, et surtout, pour la maîtrise de son sujet. Incontestablement un film à voir, donc.

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